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 La chasse aux sorcière à l'époque médiévale

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MessageSujet: La chasse aux sorcière à l'époque médiévale   Sam 5 Juil 2008 - 13:46

Récemment, grâce à l'intervention de "L'Arbalestrier", sur un autre forum, sur le livre de Carlo Ginzburg, « Le Sabbat des sorcières », je me suis intéressé à la chasse aux sorcières à l'époque médiévale. Je n'ai pas eu les réponses à mes questions essentielles sur la genèse de l'Inquisition dans cet ouvrage Je n'ai pas lu une explication de l'Inquisition dans sa dimension universelle et dans sa continuité historique. Alors j'ai lu beaucoup d'autres livres, beaucoup de documents.
Je vous propose une synthèse de cette recherche sur la chasse aux sorcières à l'époque médiévale, comme éléments constitutif de notre société chrétienne contemporaine.

Nul doute que l'Eglise chrétienne, là aussi, joue son rôle séculaire dans la bénediction (voir l'initiation) du crime pour affermir son pouvoir.


I.L'hypothèse « génétique »de C.Ginzburg et ses limites.


Les croyances propres à la sorcellerie sont universelles et les historiens les plus sérieux qui tentent d'apporter une réponse, ont proposé une solution génétique.
Comme Cohn(1970)selon lequel la chasse aux sorcière puiserait son efficacité diabolique dans un rituel immémorial.
Cette thèse était développée par Michelet(1966) ou Murray(1933), selon laquelle la sorcellerie du Moyen-âge renvoie à une culture de la fertilité très populaire avant que le christianisme ne s'impose en Europe.
Dans son livre « le Sabbat des Sorcières », C.Ginzburg rapporte les témoignages recueillis lors des procès de sorcellerie.Selon lui les « aveux » trahissent les cultes populaires qui remontent aux savoirs chamaniques et autres mythologies primitives, dont l'origine serait de culture paléolitique (Clement 1932).

Ces explications ne me satisfont pas. Et je cherche d'autres voies explicatives.

La chasse aux sorcières a fait 50 000 victimes en France, pour 100 000 procès, 30 000 victimes en Allemagne. Un phénomène social de masse. Un génocide, contre qui? Pourquoi? Comment?



II.Le contexte socio-économique.

-L'appareil judiciaire.

Les premières chasses aux sorcières de grande envergure débutèrent au 15e siècle.
Mais c'est le pape Jean XXII dans sa lettre du 23 août 1326 qui permit aux tribunaux de l'Inquisition de juger les cas de sorcellerie. Le Pape Urbain IV permit au juges d'Eglise de pratiquer la torture.
Le Tribunal de l'Inquisition ou du Saint Office est une juridiction d'exception pour juger les délits contraires à la foi. Les Inquisiteurs sont choisis parmi les religieux de l'Ordre de Saint Dominique et tiennent directement leurs pouvoir du Pape, dont ils sont les délégués.

-le contexte.

La guerre de cent ans(1337-1453) qui ébranle un équilibre fragile.La grande peste(1348-1349) qui tue entre 1 et 2 tiers des populations citadines.La misère, la famine et les Jacqueries, le Grand Schisme d'occident (1378-1417).
Et dans la foulée la naissance de l'imprimerie, la découverte des Amériques,la fin de la féodalité,la prise de Constantinople par les turcs et la variole, le typhus, la malaria etc...
A partir de 1550 une période de fort refroidissement qui eut un effet désastreux sur les cultures.
Rappelez-vous de ces éléments, ils apparaîtront dans la repression de l'Inquisition.

Le moyen-âge fut toujours clément vis-à-vis de la sorcellerie: le diable est multiple, représenté par des diablotins drôles, c'est un personnage dont on se moque, dans une trdition paganiste.

Mais tout change avec les conditions socio-économiques difficiles. L'Eglise chrétienne voit là l'occasion de renforcer son pouvoir en jouant sur la faiblesse et la peur des populations.Comme tout Chef, l'Eglise n'aime pas être confrontée à d'autres légitimités que la sienne (le savoir populaire issu de notre culture celte et polythéiste).



III. Les victimes de la répression.

-autodafés de masse.

Ils sont diverses et variées, et corrsepondent au portrait type édité par l'Eglise chrétienne en fonction de ses soucis.
Sont accusés de sorcellerie, tous les individus défavorisés, marginaux, extravagants, artistes(les acteurs furent excommuniés bien après encore l'inquisition), les sages-femmes, pour leur rôle dans les sociétés villageoises, les guérisseuses, les bergers pour leur lien supposés avec les connaissances chamnique et leur relations privilégiées avec la nature et les animaux, les idiots et les malades, les veuves et les jeunes filles trop belles, les artisants investis par les nouveautés techniques.
Les chiffres sont éloquents:
En Lorraine, le Procureur Nicolas Rémy livra au flamme plus de 900 personnes, et il se ventait:
« Juges, ne craignez point de vous montrer sévères
Dans vos arrêtés portés pour punir les sorciers;
...Tous les siècles louerons ces actes de justice! » (Rémy:daemonolatria libri tres)
Dans l'arrondissements de Saint Dié 600 personnes exterminées
Delancre tortura 2000 personnes et le juge Boguet extermina 1500 personne Franc-comptoises.(selon leurs propres récits, Inconstance des sorciers en pays basque).
En Allemagne, dans la seule ville de Trève 6500 personnes exterminées en peu d'années dont 200 pour avoir prolongé les rigueurs de l'hiver.
A Toulouse 400 personnes
A Padoue, Roger Bacon, Agrippa d'Aubigné, les premiers imprimeurs (Marejkowski: Le roman de Léonard de Vinci, p292 et 797).
A Genève 500 personne exterminées en trois mois.
Etc... etc...


-Les femmes.

D'après toutes les études sur le sujet , il apparaît que 80% des victimes sont des femmes.
A cela j'apporte une explication fondamentale: à partir du 13e siècle le célibat ecclésiastique s'impose. Et comme l'expliquent les psychanalistes( Freud mais surtout Wilheim Reich), la repression du désir sexuel -libido-, la frustration, engendre des générations d'individus aux pulsions perverties en sadisme.

Ainsi, l'Inquisition redonne aux femmes une dimension diabolique et répugnante:
« Il y a comme un défaut dans la formation de la première femme, puisqu'elle est faite d'une côte courbe, tordue et comme opposée à l'homme. Il en découle aussi de ce défaut que, comme un vivant imparfait, elle déçoit toujours. De plus toutes ces choses de sorcelleries proviennent de la passion charnelle insatiable en elle. »

Je rappelle qu'une bulle papale a concédé aux femmes leur statut « d'Etre humain » à part entière en 1902, et que aujourdh'hui, en 2008, en France, la justice française vient de condamner une femme pour « tromperie » alors qu'elle n'était pas vierge au marriage.

Ou encore, quand l'armée française investissait des villages en Algérie pendant la guerre du même nom au XXe siècle, les soldats éventraient vives les femmes enceintes et les clouaient au portes (cf :les crimes de l'armée françaises aux éditions Maspéro).

Ou encore, comme le décrit le film de Pasolini (les 120 derniers jours de Gomorrhe), les officiers de l'armée allemande prélevaient dans les camps de la mort les plus belles jeunes filles juives pour se livrer à des orgies sadiques, dans lesquelles ils violaient, mutilaient attrocement ces femmes et les tuaient.



IV.La torture et les aveux.

Dans mes recherches sur la chasse aux sorcières à l'époque médiévale, j'ai consulté des documents très précis sur les tortures infligées par l'Inquisition, aux victimes, essentiellement des femmes.
Tout montre qu'il s'agit d'actes sadiques de déviants névrotiques formés et conditionnés par le monde chrétien, éduqué dans la négation du corps et de la sexualité.
Je me refuse, dans cet essai sur la genèse de l'Inquisition, à vous rapporter ces précisions. J'en suis humainement incapable. Je laisse ces détails pour les journalistes de « tabloïd », comme « Minute » ou « Paris Match » qui vivent dans la délectation de l'horreur et de l'inhumain.

Les aveux, dans ces conditions, vous l'imaginez, sont dérisoirs. La plus part des victimes espérait échapper aux supplices, pouvoir bénéficier d'une mort rapide (l'étranglement), selon la bonne volonté du juge, avant d'être placées sur le bûcher.
Et justement, ce que C.Ginzburg appelle « aveux » dans son livre « Le Sabbat des Sorcières » ne représente que 2% des procés pour sorcellerie. C'est le pourcentage des victimes qui avaient effectivement des savoirs chamaniques, ancestraux, et qui vivaient des expériences extatiques avec l'usage de certaines drogues de l'époque, comme la datura, la vesce, la jusquiame.

Quels étaient les 98% des aveux:
les personnes faibles et malades. Toutes les personnes qui ont des angoisses nocturnes, des sentiments d'étouffement, des obsessions.
Les personnes obsédés par les superstitions de l'époque. Qui peuvent avoir de véritables hallucinations.
Les personnes réduites à la famine et qui ont du manger de la chaire humaine pour survivre
Les personnes qui avouent en prenant certains rêves pour des réalités
les personnes dénoncées, calomniées par des voisins jaloux
les personnes génant le pouvoir
les personnes désignées par une victime sous la torture.
Etc...


Ainsi, la chasse aux sorcières prit de telles proportions, qu'on en arriva à ne plus avoir assez de juges pour les affaires de sorcellerie. Et puis on en arrivait à contamner aussi des bourgeois, et des nobles.Des inquisiteurs mëmes. En 1625 Paris cessa de confirmer les peines de mort. En 1657 le pape fit paraître la bulle « Proformandis », qui mettait en garde contre les erreurs et abus des procès en sorcellerie. En 1682, Louis XIV mit fin aux poursuites et fit disparaÞtre le crime de sorcellerie, définitivement considéré comme illusion ou imposture.

V.L'imposture du Sabbat.

Toute ma recherche, les ouvrages et documents consultés, montrent que le « sabbat » est l'oeuvre de l'érudition des inquisiteurs, juristes et autres notable au service de l'Eglise.
Dans tous les villages, les femmes qui excerçaient le rôle de sage-femme, ou de guérisseuse, vont être dénoncées par l'Eglise, les démonologues, l'élite sociale en général, comme sorcière.
Ainsi nait un mythe.

Cette nouvelle vision de la sorcellerie a commencé à apparaître au 14e et trouve racine dans les luttes contre les hérésies de l'époque. En 1326 le pape JeanXXII promulga une bulle, appelée « Super Illius Specula », qui assimilait pour la première fois sorcellerie à hérésie.Par exemple les Giovannali en Corse, probablement inspirés par les cathares, étaient accusés de messes noires, de sacrifices humains, de débauches sexuelles.
En 1430 paraissaient les premiers traités de démologie, selon lesquels les sorcières faisaient partie de sectes diabolique.

D'ailleurs le terme de « sabbat » n'a pas été choisi par hasard, mais par analogie avec la fête juive « Shabbat » et rappelle la similitude dans la persécution des juifs et celles des sorcières.

Et dans une histoire beaucoup plus contemporaine, l'Europe chrétienne alluma partout les bûchers qui exterminèrent 5 millions de juifs.

La similitude ne s'arrête pas là. Comment une poignée d'inquisiteurs, de bourreaux, de démonologue, ou, plus tard, de théoricens de l'eugénisme et de la supériorité de la race aryenne, purent commettre des crimes de l'ampleur d'un génocide?
Ils ne le pouvaient pas sans l'adhésion plus ou moins active des communautés villageoises, citadines, de l'ensemble du corps sociale.

Et dans son ouvrage « le Sabbat des Sorcières », C Ginzburg ne l'explique pas par sa thèse génétique.



VI.Explication de type naturaliste.


J'ai trouvé la réponse à ces questions, dans le travail de Fabrice Clément « L'Esprit Ensorcelé, les racines cognitives de la sorcellerie » in Terrain, 41, 2003 p.121-136.

Sa thèse naturaliste permet de faire la génèse des inquisitions et d'inscrire les pratiques inquisitorriales dans la continuité sociale et politique historique.

« La sorcellerie peut se définir comme croyance selon laquelle le malheur inexpliqué est dû à l'intention maléfique d'individus dotés de pouvoir surnaturels ».

Premièrement,comme Evans-Pritchard le met en évidence, la sorcellerie constitue une philosophie naturelle par laquelle les relations entre l'homme et les évènements malheureux sont expliqués. La vie quotidienne est marquée par une succession d'évènements positifs et négatifs. Comme nous basons notre observation sur la fréquence des évènements et non sur la probalité effective, nous avons tendance à juger que les malheurs associés à des coïcidences rares d'évènements tragiques ne répond pas à l'ordre naturel des choses. A partir de là la tendance à rechercher une explication d'un autre ordre est alors particulièrement forte et la sorcellerie fournit le lien entre deux séries causales indépendantes.

Deuxièmenent, lorsque le malheur s'abat sur un groupe social, une famille, une personne, étant donnée l'hyper sensibilité de nos mécanismes destinés à détecter les agents intentionnels, la tendance à supposer que ce qui arrive est en fait voulu, s'impose fortement. Pour que cela se repète ainsi, il faut bien supposer quelque part un sujet qui le désir.(Favret-Saada 1977).

Troisièmement, nous avons une faculté, dont le fonctionnement est largement implicite, qui aurait pour fonction de détecter les membres du groupe qui ne respectent pas les règles de la cooppération, de l'organisation sociale.Nous cherchons les agents intentionnels des malheurs qui nous frappent parmi les individus envers lesquels la balance de l'équité sociale pèse en leur défaveurs: les communautés défavorisées, laissées pour compte, les chomeurs, les marginaux de tout poil, les artistes, les vieux etc... Ils représentent un danger, puisque laisés par l'organisation sociale, ils sont susceptibles de vouloir se venger.


Avec ces trois éléments nous avons au creux de la main la genèse de toute inquisition. De la chasse aux sorcières médiévale, mais aussi de la Shoah.

Conclusion.

Comme je l'ai dit, cette thèse naturaliste a l'intéret de s'inscrire dans la continuité historique.
Ainsi notre compréhension du monde médiéval, nous permet d'être lucide sur notre avenir.
Ne sommes nous pas dans la coïncidence tragique de phénomènes climatiques inhabituels (le réchauffement entre autres), d'épidémie (Sida, grippe aviaire, etc), de famines et de récession économique? N'avons nous pas déjà identifié les acteurs intentionnels de notre situation (les sans-papiers, les musulmans), n'avons nous pas déjà commencé la croisade (en Iran, Irak, Afghanistan) contre le mal?
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